Cancer et travail : enquête de la « Ligue Contre Le Cancer »
Je vous partage cet article rédigé par la ligue contre le cancer, qui répond à des questions fréquentes de mes clients. La question du rythme de travail après le cancer étant centrale.
Après s’être battues contre la maladie, les personnes atteintes d’un cancer doivent souvent entrer dans un nouveau combat : celui de retrouver leur place dans la vie active. Si plusieurs dispositifs contribuent à les accompagner dans leur retour à l’emploi, des freins subsistent.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : une personne sur trois perd ou quitte son emploi dans les deux ans après un diagnostic de cancer(1). « L’idée d’un salarié affaibli par la maladie s’inscrit difficilement dans les logiques de compétitivité et de performance qui régissent le monde du travail », observe Gérard Van den Bulcke, directeur du Comité départemental des Alpes-Maritimes de la Ligue contre le cancer. Ces difficultés à réintégrer l’entreprise, Alix Laugier en a payé le prix fort. Après douze mois d’absence pour traiter son cancer du sein et quinze jours avant la reprise de son activité professionnelle, cette juriste de 47 ans a été licenciée en pleine radiothérapie. Motif : absence ayant perturbé l’entreprise. Mais dans ce type de situation, qui est le plus perturbé des deux ? L’entreprise ou le salarié malade ? « Je suis tombée des nues mais, renseignements pris, je me suis rendu compte que cette procédure était parfaitement légale, raconte l’intéressée. Mon contrat a donc pris fin, mais j’ai décidé d’attaquer cette entreprise pour licenciement abusif sans cause réelle ni sérieuse. » Cette histoire, partagée par 30 % des salariés exclus de leur entreprise après un cancer, rejoint également le parcours des non actifs, ceux que la maladie touche alors qu’ils sont sans emploi. Le cancer amoindrit leurs chances de retrouver un poste : 30 % des chômeurs ayant affronté un cancer décrochent un emploi deux ans après, contre 43 % pour les personnes qui n’ont pas connu la maladie(2). « Embaucher quelqu’un qui a eu un cancer ou qui suit encore un traitement reste compliqué pour les entreprises, poursuit Gérard Van den Bulcke. Ce constat est d’autant plus vrai dans un climat de crise économique. » Une étude réalisée par l’Institut national du cancer (INCa) révèle en effet que les arrêts maladie dus à des diagnostics de cancer coûteraient environ 525 millions d’euros par an aux entreprises françaises, soit 9 000 euros en moyenne par arrêt(3).
L’ancien malade : un salarié pas comme les autres ?
Mais de quoi les entreprises peuvent-elles bien avoir peur ? Pour le savoir, examinons le portrait-robot du salarié ayant connu un cancer. Physiquement d’abord, celui-ci rencontre parfois plus de difficultés à exécuter les mêmes gestes qu’avant. Selon l’opération qu’il a subie, il peut avoir du mal à porter des charges lourdes et une grande fatigabilité le rend souvent moins performant temporairement. À ces évolutions, qui empêchent rarement la personne d’être déclarée inapte à reprendre le travail, peut s’ajouter un changement psychologique. « Les personnes ayant connu le cancer sont souvent confrontées à l’angoisse de la reprise du travail, explique Gérard Van den Bulcke. Elles ont peur du regard de leurs collègues, doutent de leur capacité à retrouver leurs réflexes professionnels et ont parfois la sensation d’avoir échoué, d’avoir abandonné leur entreprise. » Cette perte de confiance peut avoir tendance à isoler le salarié du reste de l’équipe. « En parallèle, les personnes qui ont quitté l’entreprise depuis plusieurs mois pour suivre un traitement ont souvent envie de reprendre leur activité professionnelle, observe le docteur Christiane Breton, médecin du travail. Elles en ont assez de leur statut de malade et veulent retrouver un rythme de vie normal, d’ailleurs parfois trop rapidement. » Dans l’esprit du salarié ancien malade règne souvent ce sentiment paradoxal d’envies et de craintes. Et ses faiblesses – physiques ou psychologiques – peuvent également cohabiter avec une grande force, tirée de sa capacité à avoir pris le dessus sur une maladie grave. « Je me souviens de témoignages poignants d’anciens malades qui se sentaient beaucoup plus performants, car ils avaient pris leur revanche sur la vie », ajoute Gérard Van den Bulcke. Les anciens malades pourraient même se révéler de sérieux atouts pour les entreprises. Mais bon nombre d’entre elles semblent ne pas prendre le temps d’évaluer cette opportunité, en réagissant par la mise à l’écart, voire le licenciement. Dans certains cas, au tabou du cancer s’ajoute celui portant sur l’évolution de la carrière du salarié, qui voit son avenir professionnel s’obscurcir progressivement sur fond de nondits. « Dès mon retour de congé maladie, j’ai senti qu’on me mettait à l’épreuve, raconte Vincent Delannoy, manutentionnaire licencié peu après son cancer du mélanome. On m’a imposé des horaires de nuit, mes collègues ne me parlaient pas naturellement, ma direction n’évoquait plus mon évolution de carrière et je sentais que mon contrat allait se terminer. C’est ce qui a fini par se produire. »
Connaître la différence pour mieux l’accepter
« Si les entreprises ne savent pas comment réintégrer leurs salariés atteints d’un cancer, c’est souvent par méconnaissance et par peur de la maladie, et de ses conséquences », analyse Gérard Van den Bulcke. Dans le cadre de son combat pour l’amélioration de la vie des malades, la Ligue contre le cancer a donc choisi de s’adresser directement aux entreprises au travers d’une action pilote de sensibilisation portée par son Comité des Alpes-Maritimes. Le Pacte 06 (Programme action cancer toutes entreprises), tel est son nom, se fixe pour mission principale d’aider les sociétés – dirigeants et collaborateurs – à mieux gérer la maladie d’un employé, mais aussi à assurer la prévention des risques. Concrètement, il s’agit de mener une action de sensibilisation auprès d’entreprises volontaires du département. Les salariés, réunis par petits groupes, reçoivent une formation délivrée par la Ligue contre le cancer avec le soutien d’un psychologue et/ou d’un cancérologue. Plusieurs thématiques peuvent être abordées via le module « Comment se comporter face à un collègue de travail atteint d’une pathologie lourde ? » : les phases de la maladie, le malade et l’entreprise, la relation d’aide… « Les entreprises ont bien conscience de leurs lacunes en matière de connaissance malade, commente Gérard Van den Bulcke. D’ailleurs, sur les trente-trois entreprises que nous avons sollicitées, toutes se sont montrées volontaires et bon nombre d’entre elles ont mobilisé des membres de leur direction pour assister à notre intervention de sensibilisation. »
Entourer le salarié malade
Outre la sensibilisation du monde entrepreneurial, le Pacte 06 initié par la Ligue contre le cancer comporte également un partenariat avec Pôle emploi. Ainsi, un référent a été désigné dans chaque agence de l’organisme public. Formé par la Ligue, il sait comment aborder les personnes malades, devient leur point d’entrée privilégié au sein de l’agence, mais également le spécialiste du sujet aux yeux de ses collègues. « Dans le cadre du partenariat, nous mettons nos référents au service du Comité des AlpesMaritimes de la Ligue pour qu’il puisse orienter les malades qui le contactent directement vers le bon interlocuteur Pôle emploi, explique Pascale Puig, directrice de l’agence spécialisée Pôle emploi du Cannet. Ce dispositif crée un raccourci dédié aux salariés qui ont connu le cancer et qui ont besoin d’informations spécifiques, notamment à propos des allocations de chômage dans le cas de leur licenciement. » La Ligue contre le cancer et Pôle emploi s’engagent également mutuellement à rendre visible ce partenariat sur tous les supports de communication possibles. Et après les conseillers, les directeurs d’agence seront formés par la Ligue. « Le but ? Mieux appréhender la personne ayant connu le cancer, améliorer notre posture vis-à-vis de cette population et mieux répondre à ses questions, poursuit Pascale Puig. Cela nous permet également de nous préparer à l’une des mesures du Plan cancer 2014-2019, qui prévoit un accompagnement vers l’emploi des personnes atteintes d’un cancer sur douze mois, comme il en existe pour les licenciés économiques. »
Organiser sa reprise
Le congé maladie forme souvent une parenthèse, qui isole le malade de sa vie sociale et professionnelle, d’autant plus quand cette absence dure plusieurs mois. « Cependant, le retour au travail doit se préparer, et ce, le plus tôt possible », prévient le docteur Christiane Breton, médecin du travail. Concrètement, un rendez-vous de préreprise est à prévoir entre le salarié et le médecin du travail. Cette rencontre, organisée le plus tôt possible quand des difficultés sont prévisibles pour la reprise du poste de travail, permet d’évaluer si le salarié sera apte ou non à reprendre le travail dans les mêmes conditions qu’avant son départ en congé maladie. Cette visite, gratuite, doit être demandée par le salarié lui-même au médecin du travail de son entreprise. Elle peut être réalisée à tout moment pendant l’arrêt de travail, et ne doit surtout pas s’effectuer quelques jours seulement avant la reprise d’activité. De sa précocité dépendra son efficacité. Avec l’accord du salarié, le médecin du travail peut alors entrer en contact avec l’employeur pour étudier le poste de travail. Une phase qui, souvent, met en lumière la nécessité d’adapter le poste en fonction des nouvelles aptitudes physiques et psychologiques de la personne. En l’occurrence, l’installation d’équipements spécifiques peut être envisagée. Ces derniers ont un coût : leurs financements passent par le biais de l’Agefiph(4), ce qui sous-entend une reconnaissance préalable du statut de travailleur handicapé par la maison départementale des personnes handicapées (MDPH). Toutes ces démarches prennent du temps, il ne faut donc pas attendre la dernière minute pour solliciter une visite de préreprise. En fonction du niveau d’aptitude du salarié à reprendre son activité antérieure, d’autres solutions que celle d’un aménagement matériel de poste peuvent être envisagées pour l’aider à retrouver progressivement sa place au sein de l’entreprise. Parmi celles-ci, le temps partiel thérapeutique (communément appelé « mi-temps thérapeutique »), mesure prescrite par le médecin traitant, de durée limitée et soumise à l’accord préalable du médecin-conseil de la Sécurité sociale et de l’employeur. Convenu en général pour une durée initiale de trois mois, il peut être renouvelé sur accord du médecin conseil jusqu’à une durée d’un an maximum. Pendant cette période, le bénéficiaire continue à percevoir ses indemnités journalières, en plus de son salaire correspondant au temps partiel travaillé, et reprend contact avec sa vie professionnelle, tout en ayant la possibilité de suivre des séances de radiothérapie, de recevoir des soins de support… Enfin, si, à l’issue du temps partiel thérapeutique limité dans le temps, une reprise de l’activité à temps complet s’avère impossible, une mise en invalidité peut être demandée par le médecin traitant auprès du médecinconseil de la Sécurité sociale, ou décidée par ce dernier de son propre chef, ce qui permet au salarié de continuer à travailler à temps partiel en cumulant éventuellement sa pension d’invalidité avec son nouveau salaire.
Des employeurs humains, ça existe !
Fort heureusement, certains employeurs se montrent plus compréhensifs que d’autres. En la matière, la direction des ressources humaines du quotidien Nice-Matin fait figure d’exemple. Une salariée atteinte d’un cancer du sein a bénéficié d’un soutien irréprochable de ses collègues et de sa direction, depuis l’annonce de sa maladie jusqu’à sa reprise de poste. « En parlant de mon cancer à ma direction, je me suis tout de suite sentie soulagée, car on m’a fait comprendre que l’essentiel était que je pense à moi, raconte l’intéressée. J’ai pu organiser tranquillement la passation de mes dossiers, et les messages très humains que j’ai reçus de mes collègues pendant mon congé maladie m’ont permis de rester connectée au travail, et donc à la vie. En rentrant, j’ai pu reprendre à mi-temps et on m’a protégée de la pression, j’étais très entourée. Au final, cet épisode de ma carrière a sans doute renforcé mes liens avec l’entreprise. » Pour Gérard Cussac, le directeur des ressources humaines de Nice- Matin, accompagner le salarié malade est une évidence, une question de responsabilité pour l’entreprise. « C’est à l’entreprise de s’adapter au collaborateur qui est atteint d’un cancer, et pas l’inverse, explique-t-il. Ce rôle de soutien fait d’ailleurs partie des missions du manager, qui se doit d’accompagner les membres de son équipe, et ce, dans toutes les circonstances. »
Éviter l’effet « double-peine »
Si des solutions existent pour la reprise de la vie active après un long arrêt de travail, les entreprises n’en n’ont que trop peu connaissance, et c’est très souvent au salarié de se renseigner sur les dispositifs en place. La Ligue contre le cancer, avec le Pacte 06 et le travail de sensibilisation qu’elle effectue au niveau national, oeuvre pour une meilleure prise en charge du salarié malade. Cette initiative s’inscrit parfaitement dans le cadre du Plan cancer 2014-2019, dont l’un des piliers est d’« accorder une priorité au maintien et au retour dans l’emploi ».
(1) Enquête VICAN2, 2012 (La vie deux ans après le diagnostic de cancer), publiée dans le rapport 2013 de l’Observatoire sociétal des cancers. (2) Rapport sur le Plan cancer 2014-2019. (3) Analyse économique des coûts du cancer en France, 2007, INCa. (4) Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées.
Chiffres clés
En France 355 000 nouveaux cas de cancer des personnes sont diagnostiqués chaque année.
1 personne sur 3 perd ou quitte son emploi dans les deux ans après un diagnostic de cancer.
11 % des personnes en activité se sont senties pénalisées professionnellement à cause de leur cancer.
30 % seulement des personnes qui étaient au chômage au moment du diagnostic ont retrouvé un emploi après deux ans.
Coach certifiée et membre de l’EMCC, je bénéficie de 30 ans d’expérience dans un groupe pharmaceutique international pour mieux vous accompagner. Découvrez mon parcours et mes services de